... et j'ai envie de partager un de mes coups de coeur, lu hier sur place, à la bibliothèque. 

Il s'agit d'un court roman d'Agnès Desarthe, édité chez l'Ecole des loisirs, et intitulé "Comment j'ai changé ma vie" (tout rapport avec ma propre situation n'est pas totalement fortuit dans le choix d'un tel titre...)

L'histoire : Anton en a assez, il est l'objet des moqueries de son maître, être trop bon élève ne lui a apporté que des ennuis alors il est devenu moyen et s'ennuie. Ses parents sont au loin, sa grand-mère s'occupe de lui, à sa façon, et le silence règne dans leur famille. Alors qu'il est décidé à changer quelque chose de sa vie, il rencontre une femme qui lui propose de l'initier à la musique, et c'est le début de l'évolution... 

J'ai aimé, adoré, dévoré. 

J'aime l'humour, la finesse, la sensibilité de l'auteur. J'aime son talent pour exprimer ce qui nous saisit chacun dans nos vies et qu'elle sait mettre en mots, sans mièvrerie, sans concessions. J'aime comme ses personnages ne sont pas parfaits, comme ils ne sont pas tout à fait ordinaires, mais pourtant tellement proches de nos réalités. J'aime comme ils essaient, avec maladresse souvent, pas toujours d'espoir, mais quand même, de changer ce qui ne va plus dans leur vie. J'aime comme les choses changent, pas comme prévu, comme ils sont bousculés, comme ils se rencontrent, s'apprennent, s'apprivoisent, se révèlent. J'aime comme cela me touche, me questionne, me provoque. J'aime, tout simplement. 

un extrait «[...] Le soir commençait à tomber. On était à cette heure particulière du jour où si l'on est triste, on sombre carrément dans le désespoir, où si l'on est heureux, l'excitation se met à monter.

Mamie est au courant des dangers de cette heure. Quand j'étais petit, il m'arrivait de pleurer jusqu'à l'épuisement à la tombée de la nuit. Je suis trop grand maintenant pour pleurer, mais ma grand-mère estime qu'il est tout de même nécessaire de me protéger. C'est en général l'heure où elle me propose une partie de dames. L'heure où elle allumerait la télé si nous en avions une. Parfois, je me demande si tous les gens de l'immeuble, tous les gens du quartier, de la ville, du pays, du monde, ont ce même pincement, le coeur légèrement écrasé dans la poitrine, et je me dis que si c'est le cas, c'est absurde qu'on reste chacun chez soi sans rien dire; on devrait sortir sur le palier, descendre dans la rue, traverser les carrefours, se voir, se le dire... [...] »